6 APRIL 1912, Page 15

PORTUGUESE SLAVES.

[TO THE EDITOR or TRH "SPECTATOR."] MONSIEUR,—Je lie dans le numero du 23 mars 1912 du Spectator Particle et la lettre relatifs A l'esclavage qui exists encore dans les colonies portagaisea.

Je vous -eerie pour vous donner des renseignements nouveaux quo j'ai reoueillis an coma de mss voyages an Congo. Etant magistrat an Congo Beige, j'ai voyage dans la region du Kwango depuis septembre 1910 jusque fin juin 1911; j'ai notamment remont6 touts la riviere Kwango jusqu'aux Chutes Francois Joseph, et vous savez que la riviere Kwango separe le Congo Beige de la colonie portugaise d'Angola.

Pendant mon voyage, j'ai appris, non seulement par des plaintea et denonciations de chefs et d'indigenes, male encore par lea declarations de fonctionnaires do retat, que lea corn- mereants portugais de rAngola aohetent, it des chefs Bayaka etablis an Congo Beige, des escla.ves qui Front diriges sur St-Paul de Loanda. Ile procedent comme suit le chef envoie an commercant portugais des homilies porteura de caoutchoue et vend pour un certain prix is porteur et sa charge. La chose est indisputable. Le gouvernement beige, pour y mettre fin, a renforee en 1910 lee pastes de douane is long de la riviere ; mais none n'avone pa me tire fin is ce tract, it cause de la difficult° de la surveillance sur une riviere do navigation dangereuse oomme le Kwango et surtout cause de la complicite des fonctionnaires du gouvernement portugais. La situation s'est amelioree, male it est certain que, aujourd'hui encore, lee traitants portugais achetent dans notre colonie des cadavers.

Loreque is Portugal etait sous le regime monarchique Ia colonie d'Angola etait peu occupee militairement ; is long du Kwango, it n'y avail qu'un poste de 30 soldata it Kabamba et un petit poste de cinq hornrnes it la riviere Tungila. En 1910 et 1911, apres retablissement de la Republique, lea forces porta- gaises ont etc renforcees. La garnison du poste de la Tungila a et6 port& A 40 hommes, et deux nouveaux posies militaires importants ont 616 trees en face des posies beiges des Chutes Francois Joseph et de Kassongo Lunde. J'ai vu, avec des jumelles, la construction du premier de ces poster, on avril 1911, loraque j'etais A Chutes Francois Joseph, rive beige.

L'impot, qui &sit de 4 it 5 franca par tete d'homme, a 6t6 @eve par le gouvernement republicain it pres de 40 francs par tete I Naturellement les indigenes n'ont pas voulu, ni memo pu payer. Les troupes portugaises ont etc alora envoyees dans les villages pour prelever des imp5ta de force ; et en 1911 des refiforts, avec des mitraillenses, sent meme venues de St- Paul de Loanda, par is Congo Beige, au Kwango (par fleuve et chemin do for jusque Tumba). Les Portugais ont attaque ainsi des masses de villages ; ils tuaient tons ceux qui resistaient, puis brilaient le village et emmenaient Is natant des hommes, les femmes et lee enfants en captivite h St-Paul de Loanda, Melange etc. Un agent des douanes du Congo, Beige, actuellement mort, M. de Colnet, a vu ainsi brfiler des masses do villages entre lee Chutes Francois Joseph et is Tungila, et it a recueilli des centaines de fugitifa en territoire beige. Cela se passait en mars 1911.

Moi-meme/en avril et mai 1911, slant a Kassongo Lunda j'ai vu brfiler des villages sur la rive portugaise, et j'ai recr des chefs indigenes portugais qui venaient demander rautori- sation de s'etablir en territoire beige, pour fuir. Quand jo passel le 3 avril 1911 devant Yenga j'apprie des indigenes quo la veille les Portugais avaient &trait un grand village, tub tour lea hommes sauf deux on trois qui s'6taient enfuis en territoire beige, et avaient emmene lee fommes et les enfants en captivite.

Tous ces indigenes disaient la memo chose : c'est quo lee Portugais avaient besoin d'esolaves ; quo la plupart des habitants des villages detruits etaient eminenes comme cadavers very la cOte et que tout enclave qui refusait d'avancer etait tub d'un coup de fusil.

Voila de v6ritables atrocites dont je puis vous garantir l'authenticite, ayant et6 sur place pour ainsi dire et ayant recu les plaintea des fugitifa souvent le lendemain memo du jour ott ire avaient et6 attaques et &traits par lee troupes portugaisea.

Il aemble certain, d'apres oe que me disaient an Congo lee indigenes portugais de Cabinda et St-Paul de Loanda, que l'esclavage n'existe pas seulement i St-Thome, male encore dans tout l'Angola, quoique sous forme moins ouverte; Pesclavage domestique est pratique partout, presque ouverte- ment, par lee Portugais. N'etant a116 personnellement ni Cabinda ni i Loanda, je ne puis voile dire si ces declarations des indigenes sont vraies ; male tout me porte it is croire, surtout le caractere merne des Portugais qui vivent en Afrique, et le nombre considerable d'esclavee qu'ils achetent on enlevent de la region du Kwango—qui est, n'oubliez pas, une petite partio de leur frontiers et de leur territoire.—Agreez, Monsieur, rassurance de ma consideration tree distinguee.

PAUL NATIIIRII LECLERCY, Magletrat au Congo Dolga.

51 Avenue de l'Obaervatoire, Uccle (Bruxelles), to 27 mars 1912.

[We cannot, of course, assume any responsibility for the facts stated in this letter, but the writer, it will be seen, gives his full name and address.—En. Spectator.]